Les yeux remplis de larmes, je m'agenouillais près du collier. Les perles bleues étaient pleines de tâches rouges, encore luisantes. Du sang... J'eus l'impression que tout tournait autour de moi. Ma mère m'avait déjà quitté. Pas elle ! Non, pas Caroline ! Je refusais d'y croire ! Ma soeur était toute ma vie ! Si je suis encore ici, c'est bien grâce à elle ! Saisissant le bijou, je le mettais dans ma poche, et me relevais avec d'énormes difficultés, m'appuyant sur mes bras, qui tremblaient... J'allais m'asseoir sur le fauteuil, et fermais les yeux, laissant libre court à mes larmes, que je ne pouvais retenir... Priant pour qu'il ne lui soit rien arrivé, je posais ma tête sur l'accoudoir. Comment le collier était-il arrivé ici ? Qui l'avait ramené ? Et qu'est-ce qu'ils avaient fait à Caroline ?!?
Si seulement j'avais eu le courage de ma soeur, j'aurai sans doute pu la retrouver. Mais il s'avérait que j'étais une trouillarde. Et en ce moment même, j'étais plus que terrifiée. Qu'allais-je faire maintenant ? Je ne savais même pas où j'étais ! Un horrible grincement me fit alors sursauter. Le vent s'engouffrait dans toute la maison. Il était si puissant que mes cheveux volaient sur mon visage, et je commençais à grelotter. Pourrais-je aller jusqu'en bas ? Est-ce que j'aurais la force de sortir de cette maison ? Certainement pas... Mais Caroline était en grand danger, je le sentais. Qu'allait-elle subir si je n'arrivais pas à temps ? Et d'ailleurs, où était-elle ? Un hurlement résonna alors dans ma tête, puissant, aigu, terrifié... Allaient-ils la torturer ? La violer ? Ses cris me rendaient sourdes. Je paniquais. C'était comme si elle se trouvait juste devant moi. Je tombais à genoux, par terre. Que se passait-il ?!? Je l'entendais de plus en plus fort. A présent, elle me suppliait de l'aider... Me bouchant les oreilles, je tentais de m'échapper, mais rien à faire. Mes cris se joignèrent alors aux siens. Moi aussi j'avais peur. Et je souffrais autant qu'elle. D'un coup, ma peau s'était mise à brûler. Je savais ce que je devais faire...
Moi - D'accord ! D'accord j'y vais ! Stop ! S'il vous plaît...
Les hurlements s'estompèrent, ainsi que la douleur... J'étais allongée sur le vieux parquet, tremblante, les larmes roulant sur mes joues. Que s'était-il passé ? Paniquée, je me levais. Il fallait que je sorte de là, et vite. Très vite... Je me dirigeais vers la porte.
Le journal ! Me retournant, j'allais rapidement vers le fauteuil, attrapais le gros livre, et vérifiais que le collier était toujours dans ma poche.
Alors, prenant une grande inspiration, je sortis de la pièce. Ce matin-même, je l'avais parcourue, brèvement peut-être, mais je n'étais pas si horrifiée. Oui, mais cette fois-là, j'étais avec Caroline. Et je voulais tellement savoir pourquoi elle était si étrange, aujourd'hui, que j'avais oublié d'avoir peur... Prenant mon courage en main, aussi maigre fût-il, je descendais l'escalier, qui gémit sous mon poids. Les cris de ma soeur me revinrent en mémoire. Réprimant un frisson, je continuais ma descente. Il faisait très noir, ici aussi, mais j'aperçus une fenêtre, dans une pièce, qui semblait être le salon. Il y avait une vieille bibliothèque, vide, dont deux des étagères étaient cassées. Un vieux fauteuil noir déchiré trônait au milieu de la pièce, devant une ancienne cheminée. Les murs étaient recouverts d'une vieille tapisserie, déchirée par endroits. Le parquet était couvert de cendres, et de marques de brûlures.
Retenant ma respiration, je fis demi-tour. De l'autre côté se trouvait la cuisine, d'où une horrible odeur de moisissure s'échappait. Tournant la tête, je m'engageais dans un long couloir.
Je suis arrivée par là, pensais-je. Poussant la porte, qui s'était légerement refermée, je passais, et aperçus enfin la sortie. Me précipitant vers l'extérieur, j'entendis alors un long soupir... Sursautant violemment, je regardais tout autour de moi. En haut d'un deuxième escalier, derrière moi, se trouvait un portrait. Un homme y était représenté. Ses yeux noirs ne me lâchaient pas, et j'eus la déplaisante impression de penser que ce soupir venait de lui. Sans chercher à comprendre, je sortais de la maison en courant, tournant les yeux dans tous les sens, cherchant déséspérement la route. Bientôt, je fûs trempée, et le vent glacé me faisait trembler. Me retournant, je constatais avec soulagement que la maison avait disparue de mon champs de vision... En temps normal, je me serai arrêtée. Mais je courais toujours, à la même allure. Ma course dura une éternité. A chaques fois que je ralentissais, le visage de ma soeur me redonnait du souffle, et je continuais. Pourtant, je ne vis personne. Tendant l'oreille, j'essayais de distinguer le grondement des voitures, mais la pluie qui s'écrasait sur la forêt était le seul bruit que j'entendais... Essouflée et déséspérée, je m'arrêtais alors, m'appuyant sur un arbre. J'étais gelée, affamée, assoiffée, terrifiée, et épuisée. Autant dire que j'étais perdue... Me laissant glisser par terre, je me roulais en boule, pour tenter de garder le plus de chaleur possible... Mais c'était peine perdue. Fermant les yeux, j'essayais, tant bien que mal, d'empêcher les larmes qui menaçaient de rouler sur mes joues. Caroline était partie, il fallait que je sois forte maintenant. Cette période menaçait d'être la plus dure de toute ma vie... Je sentis alors que quelque chose m'empêchait de respirer. Quelque chose de dur. Regardant mon ventre, j'aperçus une grosse bosse carrée. Ebahie, je constatais que j'avais toujours le journal !
Comment est-ce qu'il a fait pour ne pas tomber ?!? Le sortant d'en dessous mon tee-shirt, je le contemplais, toujours allongée, la tête sur les feuilles. Quelque chose me frappa soudain. La pluie avait beau tomber comme jamais, il n'était toujours pas mouillé. Les gouttes ne l'atteignaient pas. Stupéfaite, je le posais sur le sol, trempé, et regardais... L'eau l'évitait. Comme si un bouclier invisible le protégeait.
Qu'est-ce qu'il se passe ? Je le reprenais, m'attendant à ce qu'il soit couvert de terre, mais rien. Il était intact. Je l'ouvrais, et le même phénomène se produisit, avec les pages, qui restèrent aussi sèches que la couverture.
C'est la chose la plus étrange que j'ai jamais vu, me dis-je. Me recroquevillant sur moi-même, je le reposais à côté de ma poitrine, douloureuse. Ma respiration était encore saccadée, et la faim me tenaillait. Ma gorge, brûlante n'arrangeait rien. Il fallait que je m'en aille.
Bientôt, il fit nuit. Je fermais les yeux. Il pleuvait toujours des cordes, et le vent se leva. Peureuse comme j'étais, je ne manquais pas de trouver la forêt terrifiante...
Un loup hurla alors, au loin.
Oh non, pas de bêtes sauvages ! Pitié. Me redressant un peu, j'attrapais un bâton, au cas où...
Pourquoi est-ce que je n'ai pas mon portable ?!? Me maudissant, je me rasseyais. Il m'était impossible de dormir, bien que mes paupières se fassent de plus en plus lourdes... Mettant la main dans ma poche, j'en sortais le collier.
Caroline... Si seulement je pouvais la sauver ! J'aurais voulu qu'elle m'explique. Qu'elle m'explique pourquoi est-ce qu'elle m'avait ramenée ici ! Pourquoi avait-elle eu peur ?!? Et surtout, de
quoi... Mes cheveux gouttaient sur le bijou, et les tâches de sang commençaient à disparaître, ce qui n'était pas plus mal... Le rangeant dans ma poche, j'attrapais le livre. Mes mains avaient beau être trempées, il resta aussi sec, lorsque je le prenais. D'un coup, je l'ouvris et allais à la deuxième page.
2 Janvier 1558.
Ca y est. Je suis partie. J'ai réussi à m'enfuir à temps. Mais je ne sais toujours pas par où commencer. Il me faudra du temps. Beaucoup de temps. Je doute encore de moi. Et je suis toujours seule. J'ai peur aussi. Je me suis cachée dans une grotte, en pleine forêt. Il fait noir, mais j'ai réussi à allumer un feu. Au moins, j'aurais chaud. M...
J'avais refermé le livre. Je ne pouvais pas en lire plus. J'avais entendu un drôle de bruit, pas très loin.
Ooh non, c'est pas possible ! Mais, à mon grand bonheur, le bruit ne se répéta pas, et personne ne m'approcha. Je m'allongeais une nouvelle fois, et de nouveaux tremblements agitèrent mon corps gelé. Je me demandais alors si je n'aurais pas du rester dans la maison...
Hors de question ! Il y eut alors un craquement, juste derrière moi. Relevant la tête, je vis alors un renard, passer à toute vitesse devant moi, me jetant un regard mauvais. Il poussa un grognement, qui eut le don d'énerver une chouette, sur la branche voisine. Son hululement sinistre me fit sursauter. Je réalisais encore une fois l'ampleur de ma situation... Et si jamais je ne sortais pas d'ici ? Que se passerait-il ? Quelqu'un s'aperçevrait-il de la disparition de Caroline et de la mienne ? La police se lancera-t-elle à notre recherche ? Mais si c'était trop tard ? Si jamais Caroline était déjà morte ? Ma gorge se serra à cette pensée. Non. Si je résonnais comme ça, c'était sûr que j'étais perdue...
Il faut que je sois forte, me dis-je. Plus rien ne doit m'atteindre. Et cette fois-ci, j'allais respecter ma parole ! Il fallait que je sois courageuse ! Le doute s'empara alors de moi...
Mais je n'ai que 16 ans ! La phrase écrite dans le journal me revint en mémoire. L'autre Meryl aussi devait accomplir quelque chose. Pour sa mère. Oui peut-être ! Mais elle, elle n'était pas seule ! Et elle possédait... Quoi déjà ?
Le Don Maudit... J'étais de plus en plus intriguée. Et si la disparition de Caroline avait quelque chose à voir avec ce livre ? Même si j'en doutais, ce n'était pas une hypothèse à négliger...
C'est moi ou il fait encore plus froid ? La température avait effectivement baissée. Je serrais mes jambes contre ma poitrine et passais mes bras glacés autour. La pluie avait décidé de ne pas m'épargner, et elle tomba encore plus fort.
Qu...? Quelque chose s'approchait. Quelque chose de grand. De grand et de noir. Terrorisée, je le regardais s'avançer, incapable de bouger. Le danger était proche, et je ne pouvais rien faire. J'entendais le bruit de sa respiration, puissante, et mes yeux dévièrent alors sur ses mains.
Des mains ça ?!? De longues griffes prolongeaient son bras, des griffes qui atteignaient presque le sol. J'aurais bien voulu crier, mais j'étais pétrifiée. Avec un peu de chance, la créature ne m'avait pas vu... Mais, juste à ce moment, un rayon de lune transperça les nuages, et vint éclairer mon visage ainsi que le sien, qui eut le don de m'horrifier...
Je suis perdue. De longs crocs, qui ressemblaient à s'y méprendre à ceux des tigres à dents de sabres, dépassaient de sa gueule, qui était celle d'un énorme loup... Il avait deux yeux rouges sang et cruels, qui me fixaient, et il était couvert d'une épaisse fourrure noire. En fait, c'était un loup...
Avec ces griffes là ?!? C'était trop tard. Il était tout près de moi. A peine quelques mètres et il était là. Mais que pouvais-je faire ?!? Il ouvrit alors sa gueule, et un long hurlement s'en échappa. Un hurlement féroce, qui me transperça de partout...
Oh mon Dieu, il va me tuer. J'aperçus sa longue queue, noire elle aussi, qui s'agitait, derrière lui, et ses pattes, sur lesquelles il tenait debout, à la manière d'un humain... Moi qui aimais les loups, j'aurais pu le trouver beau, si je n'étais pas aussi terrifiée,
et s'il n'avait pas ces yeux aussi ! Un autre hurlement lui répondit alors, très lointain... La créature se figea, me lança un dernier regard, plein de haine, et fit demi-tour, pour s'enfuir, bondissant d'arbre en arbre. Curieusement, la température remonta un peu, mais pas assez pour que j'arrête de trembler comme une feuille. Mon coeur battait, et j'avais grand mal à respirer.
Qu'est-ce que c'était que cette horrible chose ?!? La vue de ses longues griffes me donna envie de vomir, et j'admirais une nouvelle fois ma lacheté, qui aurait pu m'être fatale. Que ce serait-il passé si la bête n'avait pas fait demi-tour ?!?
Elle m'aurait tuée. Et je serais passée sous ses crocs ! La réponse était claire. Et ses yeux ! On aurait dit qu'il allait m'assassiner, rien que par la force de son regard !
Et il y en a un autre ! Celui qui avait hurlé, en deuxième... Allaient-ils revenir tous les deux ?!? Pour me dévorer ? Ou allaient-ils me ramener à ma soeur ?!?
Ouii ! Peut-être que ces créatures avaient emmenés Caroline ! Mais la lueur d'espoir qui venait de s'allumer en moi s'évanouit, aussi subitement qu'elle était arrivée.
Si c'est eux, comment est-ce que je ferais pour les tuer ?!?Mais bientôt, la faim, la soif, la fatigue et la peur eurent raison de moi... Et, bercée par deux affreux hurlements, je m'évanouissais, horrifiée par la proximité des deux loups... Mais je n'avais pas la force de résister...
Pas la force ! **
? : Elle est morte tu crois ?
? : Non, elle respire. Heureusement. Mais elle est gelée. Et toute trempée.
? : Regarde, elle a un livre.
? : Prends-le. Moi je la porte.
? : On la ramène à la maison ?
? : Oui...
**
Alors, que pensez-vous du premier chapitre ? Vos impressions ? Vos critiques ?
Qu'est-ce qui vous a plu ? Qu'est-ce qui vous a déplu ?
Merci d'avoir lu, bisous !